ANTOURA-HISTORIQUE

1657: Les Jésuites s’installent à Antoura.
1783: Les Lazaristes remplacent les Jésuites.
1834: Fondation du Collège par les Lazaristes.
1874: Construction du bâtiment central en “U”.
1895: Inauguration de la Grande Chapelle.
1904: Inauguration de la Tour.
1914: les Lazaristes sont chassés par les Ottomans.
1919: Renaissance du Collège.
1925: Construction du grand théâtre.
1936: le Collège reçoit le grand prix de l’Académie Française.
1981: Création du Centre Lamartine.
1982: Suppression de l’internat.
1994-1998: Période des travaux de restauration.
2006: Inauguration du Centre Sportif St Joseph.
2009: Célébrations des 225 ans des Lazaristes au Liban.
2014: Célébrations des 180 ans du Collège.
2016: La Grande Chapelle se dote d’un nouveau dispositif acoustique.
2017: Célébration des 400 ans de la Congrégation de la Mission.

ANTOURA

“Ils ont rêvé, ceux-là, de n’être pas stériles. De féconder le sol en y semant le bien, d’être bons, d’être purs, d’être fiers, d’être utiles, d’aimer le cœur de tous en dédaignant le sien”

E. Sarloutte, c.m, supérieur du Collège 1911-1944.

La première école catholique destinée à accueillir les laïcs fut créée au Liban, dans le village d’Antoura, en 1834 par les Lazaristes. D’autres furent créées ensuite, toujours par les Lazaristes, à Damas et à Alexandrie en Egypte.

Tout le Moyen Orient était sous domination Ottomane de 1517 à 1918. Les chrétiens étaient considérés comme citoyens de seconde zone et n’avaient pas accès à tous les droits comme les musulmans. Les Lazaristes, arrivés dans la région dès 1783, ont vécu leurs misères et leur pauvreté. Ils ont décidé de créer des écoles pour les aider à retrouver leur dignité humaine. C’est par l’éducation que l’on forme l’homme. L’objectif premier était donc d’aider les chrétiens à retrouver leur dignité d’hommes et d’enfants de Dieu par la formation humaine et religieuse.

Dès les premières années, les familles musulmanes d’un bon niveau social ont commencé, elles aussi, à envoyer leurs enfants à Antoura d’abord puis dans d’autres écoles catholiques fondées par la suite. Fut créée ainsi dans ces établissements scolaires une atmosphère cordiale entre chrétiens et non chrétiens ; entre libanais et non libanais. Aucune différence de traitement n’était admise entre riches et pauvres. Les élèves étaient alors internes. L’apprentissage des langues étant obligatoire, les élèves se sont vite retrouvés à des postes importants dans l’administration des Etats, les finances, la médecine etc… Cet objectif est toujours le nôtre.

Dès le début du 20° siècle, d’autres communautés religieuses de fondation française ou locale ont suivi l’exemple des Lazaristes et des Filles de la Charité et ont créé leurs propres écoles.

La Mission d’Antoura

Le Collège Saint Joseph d’Antoura est l’œuvre des pères Lazaristes. Le couvent Saint Joseph, résidence des missionnaires, a été fondé par les pères jésuites.

 

La période jésuite : 1657-1783

Les premiers missionnaires français arrivés à Antoura en 1629 sont les pères Capucins. La chute de l’émir Fakhredine II en 1634 et l’instabilité au Mont-Liban qui suivirent les obligèrent à abandonner provisoirement leurs missions du Liban.

Les Jésuites se sont établis au Levant dès 1625 à Alep. Ils créent par la suite des missions à Damas, Tripoli, Ehden/Zgharta et Saida. Très tôt, ils sentent le besoin, d’avoir, au Mont-Liban, une maison de repos pour échapper aux dangers de la peste, aux vexations des pachas Ottomans et par crainte des troubles dans les grands centres urbains. Ils trouvèrent dans le Keserwan, à majorité maronite, ce qu’ils désiraient. Mais ce n’est qu’en 1657, que les Jésuites s’installèrent à Antoura. Grâce à la générosité du gouverneur local, le Cheikh Abou Nawfal al-Khazen, consul honoraire de France à Beyrouth et, grâce à l’activité du père François Lambert, supérieur des Jésuites à Tripoli, une petite maison de sept cellules et une chapelle sont construites. La mission d’Antoura est fondée, le couvent porte le nom de Saint Joseph. Jusqu’en 1783, la mission d’Antoura fut une maison à la fois de mission et de repos. La mission des Jésuites à Antoura est à l’origine de nombreuses œuvres :

  • Instruction religieuse, prédication, catéchismes.
  • Travaux du premier concile Libanais maronite de Louaize.
  • Fondation du séminaire Saint Elie (communément appelé le Vieux Couvent, près du centre Sportif) en 1842 pour la formation du clergé des Eglises Orientales en union avec Rome.
  • Fondation du couvent de la Visitation en 1746.

La suppression de la Compagnie de Jésus (Les Jésuites) en 1773 par le pape Clément XIV entrainera la disparition des Jésuites d’Antoura en 1776. La maison restera abandonnée jusqu’ à sa reprise par les Lazaristes en 1783.

1834 : Antoura, premier collège du Levant

C’est sous la double impulsion de Rome et de la France que les Lazaristes fondèrent leur collège à Antoura. Cette fondation répondait à un vœu très ancien des missionnaires : faire du Liban un foyer intellectuel puissant capable de rayonner sur le Levant tout entier. Rome réclamait vivement aux missionnaires la fondation dans leurs missions d’écoles et de collèges dans le but de relever les populations chrétiennes de l’Empire Ottoman. Il revint aux Lazaristes d’introduire l’enseignement secondaire au Levant en établissement le Collège Saint Joseph d’Antoura au Mont-Liban en 1834 et d’autres à Constantinople, Smyrne, Alexandrie et Damas.

M. François Leroy, (1808-1860) : “L’homme au cœur de roi”.

C’est un jeune séminariste de 19 ans qui arrive à Antoura en mai 1827. Il y sera ordonné prêtre en 1829. Homme de bien et de paix, « Abouna Francis » était consulté, chaque fois qu’un conflit surgissait.

A la fondation du Collège en 1834, il demandera un confrère pour la direction des études afin de poursuivre son travail de missionnaire.

En 1840, lors des troubles qui secouent la montagne, investi des pouvoirs de consul de France, il sauve 93 couvents et églises paroissiales en faisant hisser le drapeau français au-dessus de leurs clochers. 1841, il est nommé Visiteur de la province des Lazaristes de Syrie. Il réside à Alexandrie puis à Damas. Il participe activement à la fondation des maisons des Filles de la Charité à Alexandrie en 1843 et à Beyrouth en 1847.

Lors des massacres de 1860, il fait évacuer les Filles de la Charité et les orphelins à leur charge, de Damas vers Beyrouth. De retour à Antoura, épuisé, il dit à Mr Depeyre (7e supérieur du Collège) « Jamais je n’ai été si bien préparé à la mort » et ne tarde pas à mourir en juillet 1860. Ses obsèques imposantes furent célébrées dans le rite latin et dans le rite maronite.

La grande foule présente rappelait qu’autrefois Mr. Leroy avait été le bienfaiteur et l’apôtre de la montagne.

BUTS DE LA FONDATION

Pour que Antoura inaugurât une œuvre qui tôt au tard devait le faire dévier de l’œuvre des missions, il fallait que de puissants motifs entrassent en ligne de compte. Ils étaient tant d’ordre religieux, moral, intellectuel que pratique.

Dans le cadre de la législation coranique, les chrétiens étaient des « Dhimmi », ou communauté protégée, vivant en tutelle. L’Egalite n’existait pas, à leur détriment, dans l’Empire Ottoman. Leur statut inferieur se traduisait par diverses mesures. Par exemple, ils ne pouvaient actionner en justice ni davantage tester en faveur de quelqu’un. Seuls ils payaient la « Jizya », la Capitation, un impôt spécial. Ce que la loi ne leur donnait pas, l’instruction le leur donnerait.L’instruction ferait d’eux des agents de l’évolution du Levant.

Antoura, premier collège secondaire du Levant, “mère des collèges”, confirmera très vite une triple réputation :

  • Premier collège « Laïc » ouvert à des élèves ne se destinant pas à la vie religieuse.
  • Premier collège œcuménique, ouvert à tous les rites et religions.
  • Premier collège international Levantin, ouvert à différentes nationalités, orientales et occidentales.

Période de croissance : 1840-1880

La croissance du collège coïncide avec un période mouvementée de l’histoire du Liban. En vingt ans, pas moins de cinq guerres, tant contre l’étranger que civiles. Mais l’instruction donnée à Antoura est sérieuse et durable ; elle prépare des travailleurs de grande valeur intellectuelle et morale qui occuperont très vite, dans leurs pays d’origine ou d’adoption des situations brillantes.

Essor du Collège : 1880-1945

Deux supérieurs se succéderont à la tête d’Antoura, chacun pour une période de 32 ans. Le prestige du Collège sera définitivement lié à leurs noms bien qu’ils aient eu à le diriger dans des contextes politiques et économiques radicalement différents.

M. Saliège, le « bâtisseur d’Antoura », sous lequel le Collège prend sa forme actuelle et se dote de son symbole, la Tour en 1904. Sous son mandat, Antoura est un des établissements éducatifs les plus prestigieux de l’empire Ottoman.

Avec son successeur, M. Sarloutte, le Collège continue de grandir. Mais la première guerre mondiale vient interrompre l’élan. En 1914, le gouvernement ottoman expulse les Lazaristes d’Antoura et transforme le Collège en orphelinat arménien. Les vagues de famines de 1915 et 1916 font des ravages, le Liban perd le tiers de sa population. A l’issue de la guerre, M. Sarloutte sera chargé par les autorités mandataires françaises de distribuer les vivres dans tout le Liban, en un mois, la famine était conjurée. Avec persévérance, le Collège redémarre en 1919 sous le Mandat Français. Les programmes sont réorganisés et modernisés. M. Sarloutte maintient le Collège ouvert durant la seconde guerre mondiale. Plusieurs de ses élèves seront parmi les cadres les plus actifs du Liban et des États de la région.

Antoura et la modernité Arabe

La fondation du Collège est un tournant dans l’histoire moderne des pays arabes. Cette date représente un des points de départ du travail matériel, intellectuel, spirituel, politique et économique qui marque la période de la « Nahda », la Renaissance Arabe. Antoura a doté le Liban et les pays arabes d’une génération d’hommes, éclairée et tolérante, qui a rendu de grands services en ouvrant, par son influence d’élite, les esprits aux germes nouveaux de la modernité.

Mutations : 1945-1969

L’après-guerre consacre des changements déjà ébauchés dans les années trente au Levant. Le Liban accède l’indépendance en 1943. Antoura s’adapte aux exigences de la modernité. Le Collège est alors parmi les grands établissements scolaires du Liban et du Levant.

ANTOURA: 1914-2014

En 1914, le gouvernement ottoman expulse les Lazaristes d’Antoura et transforme le Collège en orphelinat arménien. Les vagues de famines de 1915 et 1916 font des ravages, le Liban perd le tiers de sa population. A l’issue de la guerre, M. Sarloutte sera chargé par les autorités mandataires françaises de distribuer les vivres dans tout le Liban, en un mois, la famine était conjurée. Le Collège redémarre en 1919. Plusieurs de ses élèves seront parmi les cadres les plus actifs du Liban et des États de la région.

Nouveaux horizons : 1969-…

Pour la première fois, en 1969, un Lazaristes libanais, M. Naoum Atallah, est nommé supérieur du Collège. Un nouveau souffle est donné. Des structures modernes sont mises en place. Les programmes scolaires et les méthodes sont continuellement mis à jour et une attention particulière est portée aux activités sportives.

La guerre du Liban (1975-1990) provoquera un afflux d’élèves nouveaux à Antoura, attirés par la sécurité des lieux et la notoriété du Collège. Elle impose la mixité et la disparition de l’internat en 1982.

Les années de l’après-guerre du Liban sont marquées par de profonds bouleversements : l’insécurité politique quasi permanente, l’émigration des jeunes, l’essor des nouvelles technologies, les effets de la mondialisation provoqueront des changements dans les mentalités et les valeurs et une grande incertitude dans les perspectives d’avenir des jeunes. Le Collège adoptera une politique de croissance tant matérielle qu’éducative pour accompagner au mieux les élèves dans leur formation et orientation dans un contexte instable.